Promulguée le 23 juillet 2026, la loi sur la justice criminelle et le respect des victimes est la réforme de la procédure pénale la plus large depuis 2019. Elle concerne autant la personne mise en cause que la victime : délais de nullité resserrés, demandes de mise en liberté encadrées, cours criminelles départementales étendues, nouveaux droits pour les parties civiles. Certaines mesures s'appliquent déjà, d'autres attendront le 23 octobre 2026 ou le 1er janvier 2027. Le Cabinet EVRARD, qui exerce le droit pénal exclusivement dans le ressort du Grand Est, fait le point sur ce qui change concrètement, article par article, pour les mis en cause comme pour les victimes.
À retenir
- La loi n° 2026-651 du 23 juillet 2026 réforme la procédure pénale et renforce les droits des victimes (Journal officiel du 24 juillet 2026).
- Le délai pour soulever les nullités à l'instruction passe de six à quatre mois et se calcule à compter de la remise du dossier (article 173-1 du code de procédure pénale), à partir du 23 octobre 2026.
- Une nouvelle demande de mise en liberté est irrecevable tant qu'il n'a pas été statué définitivement sur la précédente ou sur les recours (articles 148-1 et 148-4).
- Les cours criminelles départementales jugent désormais aussi les crimes commis en récidive (article 380-16).
- La victime peut être assistée d'un avocat et bénéficier de l'aide juridictionnelle dès le dépôt de plainte pour violences conjugales ou intrafamiliales (article 15-3-2-2, au 1er janvier 2027).
- Le Conseil constitutionnel a censuré la généalogie génétique d'investigation et le « portrait-robot ADN » (décision n° 2026-909 DC du 23 juillet 2026).
I. Ce que change la loi du 23 juillet 2026 en un coup d'œil
La loi n° 2026-651 refond la procédure criminelle et installe la victime plus tôt dans le procès pénal. Elle a été promulguée le jour même de la décision du Conseil constitutionnel n° 2026-909 DC, qui en a validé l'essentiel après en avoir écarté quelques dispositions.
Le texte agit sur quatre fronts : l'organisation des juridictions criminelles, les moyens d'investigation, la simplification des procédures et les délais, enfin les droits des victimes. Son entrée en vigueur est échelonnée, ce qui impose de vérifier, mesure par mesure, la date applicable avant d'en tirer une conséquence dans un dossier.
Une mesure très commentée n'a finalement pas été retenue : le plaider-coupable criminel, envisagé pour désengorger les cours d'assises, a été écarté du texte avant son adoption. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité reste donc réservée aux délits.
II. Nullités et délais : la défense sous contrainte de calendrier
Le principal changement pour la défense tient aux délais : les moyens de nullité doivent être soulevés plus tôt, sous peine d'irrecevabilité.
A. À l'instruction : quatre mois, à compter de la remise du dossier
L'article 173-1 du code de procédure pénale ramène de six à quatre mois le délai pour soulever les nullités de la procédure. Le point de départ change : les quatre mois courent à compter de la délivrance de la première copie du dossier, à condition d'avoir demandé cette copie dans un délai de sept jours francs après la mise en examen. À défaut d'une telle demande, le délai court depuis la notification de la mise en examen. L'irrecevabilité reste écartée pour le moyen que la personne n'aurait pu connaître. En pratique, demander la copie du dossier dans les sept jours de chaque mise en examen devient un réflexe qui conditionne le calendrier de la défense.
B. Devant les juridictions : trois jours avant l'audience
La même logique gagne l'audience. Devant la chambre de l'instruction, le mémoire qui concentre les moyens de nullité doit être déposé jusqu'à trois jours avant l'audience dans les matières autres que la détention provisoire (article 198). Devant le tribunal correctionnel, les conclusions de nullité doivent être déposées trois jours avant l'audience, sous peine d'irrecevabilité, sauf pour la nullité qu'on n'aurait pu connaître ou lorsque la partie a été citée moins de vingt jours avant (article 385). En contrepartie, le délai de citation passe de dix à quinze jours (article 552). Ces règles s'appliquent à compter du 23 octobre 2026.
En résumé, sur les délais applicables aux nullités :
- À l'instruction : six mois depuis la mise en examen deviennent quatre mois depuis la remise du dossier (article 173-1).
- Devant la chambre de l'instruction : le mémoire, déposable jusqu'au jour de l'audience, doit l'être trois jours avant, hors détention provisoire (article 198).
- Devant le tribunal correctionnel : les conclusions de nullité deviennent irrecevables si elles sont déposées moins de trois jours avant l'audience (article 385).
- Délai de citation : dix jours portés à quinze jours (article 552).
III. Détention provisoire : des demandes de mise en liberté plus encadrées
La loi resserre les demandes de mise en liberté et donne au parquet un moyen d'éviter certaines remises en liberté automatiques.
A. Plus de demandes en cascade
Une demande de mise en liberté est désormais irrecevable tant qu'il n'a pas été statué définitivement sur une précédente demande ou sur les recours formés contre l'ordonnance de placement (articles 148-1 et 148-4). L'irrecevabilité joue de plein droit, sans décision. La stratégie des demandes successives rapprochées n'a plus de portée.
B. Le maintien exceptionnel par le premier président (article 803-11)
Lorsque le débat contradictoire ou l'audience de prolongation de la détention provisoire n'a pu se tenir dans les formes, la remise en liberté n'est plus automatique. Pour un crime ou un délit puni d'au moins cinq ans, si la libération ferait courir un risque d'une particulière gravité pour les personnes ou les biens, ou un risque très élevé de fuite, le procureur général peut saisir le premier président de la cour d'appel. Celui-ci peut ordonner un maintien en détention de cinq jours ouvrables au maximum, le temps de tenir le débat. La personne et son avocat disposent de vingt-quatre heures pour présenter des observations écrites ; le premier président statue dans les quarante-huit heures, par décision spécialement motivée. Le respect de ces critères stricts et de ces délais est le terrain naturel de la contestation.
C. Le cas des mineurs mis en accusation
La loi comble un vide né de la censure, par le Conseil constitutionnel, des règles qui permettaient de maintenir en détention provisoire un mineur de plus de seize ans après sa mise en accusation. L'article L. 434-9 du code de la justice pénale des mineurs autorise de nouveau ce maintien, mais par une ordonnance distincte et spécialement motivée du juge d'instruction, pour une durée plafonnée à six mois, renouvelable par la chambre de l'instruction. Ce régime s'applique aux décisions postérieures au 23 juillet 2026. Pour un mineur maintenu en détention entre le 1er et le 23 juillet 2026, la base légale du maintien faisait défaut, ce qui ouvre une voie de contestation pour cette période.
IV. Cours criminelles et appel : ce qui évolue
La loi élargit le champ des cours criminelles départementales et diversifie les formes de l'appel criminel.
A. Les cours criminelles départementales jugent la récidive
L'article 380-16 supprime la restriction qui excluait les crimes commis en récidive. La composition s'ouvre aux présidents de chambre et, à compter du 1er janvier 2027, aux avocats honoraires exerçant des fonctions juridictionnelles comme assesseurs. Il ne s'agit pas d'une généralisation à l'ensemble des tribunaux, mais d'une extension de compétence.
B. L'appel criminel peut être ciblé
L'appel de l'accusé ou du ministère public peut désormais ne porter que sur certaines infractions (article 380-2-1 A). Il peut aussi être limité aux peines complémentaires ou à leurs modalités (article 380-2-1 B). Dans ce cas, la cour d'assises d'appel statue sans jury, à un président et deux assesseurs, à la majorité. Le Conseil constitutionnel a validé ce mécanisme, en relevant que l'accusé conserve le droit de faire appel de l'ensemble de sa condamnation.
C. La réunion préparatoire criminelle devient déterminante
L'accord obtenu en réunion préparatoire criminelle sur la liste des témoins et des experts, leur ordre de déposition et la durée de l'audience acquiert une force obligatoire, et l'audience ne peut se tenir tant que cette réunion n'a pas eu lieu (article 276-1). Le Conseil constitutionnel a posé deux réserves protectrices des droits de la défense : l'accord exige le consentement de tous les avocats présents et ne peut être opposé qu'aux parties dont l'avocat était présent ; et le président apprécie, sous le contrôle de la Cour de cassation, les circonstances justifiant une modification ultérieure de la liste, en tenant compte des droits de la défense. La préparation de cette réunion devient un acte stratégique à part entière.
V. Ce que la loi apporte aux victimes
La loi crée de nouveaux droits pour les victimes, du dépôt de plainte jusqu'à l'indemnisation.
A. Un avocat et l'aide juridictionnelle dès la plainte
En cas de plainte pour une infraction commise par le conjoint, le concubin ou le partenaire, ou commise sur un mineur de quinze ans par un ascendant ou une personne ayant autorité, l'officier de police judiciaire informe la victime de son droit à être assistée d'un avocat et à bénéficier de l'aide juridictionnelle (article 15-3-2-2). Ce droit vaut aussi lors d'une première audition sans plainte. La mesure s'applique au 1er janvier 2027.
B. Le renvoi de droit pour statuer sur l'action civile
Après la décision sur l'action publique, le tribunal correctionnel peut renvoyer l'affaire à une audience ultérieure pour statuer sur les intérêts civils. Ce renvoi est de droit lorsque la partie civile le demande, afin de lui laisser le temps de produire les justificatifs de son préjudice (article 495-13). L'entrée en vigueur sera fixée par décret, au plus tard le 1er janvier 2027.
C. La justice restaurative systématiquement proposée
La victime et l'auteur qui a reconnu les faits sont informés, à tous les stades de la procédure, de leur droit de se voir proposer une mesure de justice restaurative (article 10-1-1).
VI. Moyens d'investigation : ce qui est retenu, ce qui est censuré
A. Un fichier des empreintes génétiques élargi
La loi étend la liste des infractions donnant lieu à inscription au fichier national automatisé des empreintes génétiques (article 706-55). Elle y ajoute notamment l'abus de confiance et les faux, mais aussi l'aide au séjour irrégulier, l'homicide routier ou le voyeurisme aggravé. Des personnes poursuivies pour des infractions patrimoniales, y compris en droit pénal des affaires, peuvent donc désormais faire l'objet d'un enregistrement. La loi impose par ailleurs que les décisions de relevé signalétique et de prélèvement biologique soient écrites et motivées (articles 55-1 et 706-56), ce qui ouvre un terrain de contestation.
B. Les dispositifs censurés par le Conseil constitutionnel
Le Conseil constitutionnel a validé l'essentiel de la loi, mais censuré plusieurs dispositions relatives à l'investigation. Sont écartés du texte promulgué la généalogie génétique d'investigation et le « portrait-robot ADN » (article 5), pour atteinte au respect de la vie privée, ainsi que le statut de psychologue de police judiciaire (article 8). Le Conseil a par ailleurs assorti de réserves d'interprétation la cristallisation de la liste des témoins et experts aux assises et le dispositif de visio-audience à Saint-Pierre-et-Miquelon. Les mesures censurées ne figurent pas dans la loi applicable.
VII. Quand la loi entre-t-elle en vigueur ?
L'entrée en vigueur est échelonnée. Les dates à retenir :
- 23 juillet 2026 : nouveau régime de la détention provisoire des mineurs mis en accusation devant la cour d'assises des mineurs (article L. 434-9 du code de la justice pénale des mineurs), pour les décisions postérieures à cette date.
- 25 juillet 2026 : encadrement des demandes de mise en liberté (articles 148-1 et 803-11), extension du fichier national des empreintes génétiques, justice restaurative.
- 23 octobre 2026 : réforme des nullités et des délais (articles 173-1, 198, 385 et 552).
- 1er janvier 2027 : droit de la victime à un avocat et à l'aide juridictionnelle dès la plainte (article 15-3-2-2) ; renvoi de droit sur l'action civile, sous réserve du décret d'application.
Pour aller plus loin
- Les obligations du contrôle judiciaire décryptées : l'alternative à la détention, souvent en jeu au stade de la mise en accusation.
- Le délai de réponse à une demande de mise en liberté : les délais que la réforme vient resserrer.
- La loi sur le consentement et son application dans le temps : une autre réforme pénale récente et sa portée dans le temps.
- Contester un classement sans suite : les recours de la victime : pour la partie civile qui souhaite relancer les poursuites.
L'auteur
Charles Evrard est avocat au Barreau de Nancy. Le Cabinet EVRARD a une pratique exclusive du droit pénal et accompagne les personnes mises en cause comme les victimes d'infractions devant les juridictions du Grand Est.
Cet article présente la loi n° 2026-651 du 23 juillet 2026 sur la justice criminelle et le respect des victimes telle que promulguée. Il a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Il ne saurait engager la responsabilité du Cabinet EVRARD en cas d'application à une situation particulière.
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