Cyberharcèlement et harcèlement dans le couple : ce que dit la loi

Cyberharcèlement et harcèlement dans le couple : ce que dit la loi

Cyberharcèlement et harcèlement conjugal : le raid numérique puni même pour un seul message (art. 222-33-2-2), peines au sein du couple (art. 222-33-2-1), preuve et défense.

Des messages qui s'accumulent, un ex qui ne lâche pas, une meute en ligne qui s'acharne : le harcèlement, dans le couple comme sur les réseaux, est devenu un contentieux pénal à part entière. Son ressort est la répétition. Et la loi a tiré les conséquences du numérique : un raid en ligne est punissable même si chacun de ses auteurs n'a écrit qu'une seule fois. Comprendre ce que la loi punit, et comment le prouver, est utile à la victime comme à la personne mise en cause.

Le harcèlement moral est le fait de soumettre une personne à des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie, se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale.

‍

À retenir

  • Le harcèlement moral suppose des propos ou comportements répétés dégradant les conditions de vie de la victime (articles 222-33-2-1 et 222-33-2-2 du code pénal).
  • Le harcèlement au sein du couple est puni de trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, et jusqu'à cinq ans en cas d'incapacité ou de présence d'un enfant (article 222-33-2-1).
  • Le raid numérique est punissable même si chaque participant n'a agi qu'une fois, dès lors que les faits sont concertés ou que chacun sait s'inscrire dans une répétition (article 222-33-2-2).
  • Commis en ligne, le harcèlement est aggravé : deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 222-33-2-2).
  • L'ex-conjoint, l'ex-concubin ou l'ancien partenaire sont visés au même titre que le conjoint actuel.

‍

Qu'est-ce qui distingue un harcèlement d'un acte isolé ?

Qu'il s'agisse de harcèlement moral général (article 222-33-2-2) ou de harcèlement au sein du couple (article 222-33-2-1), l'infraction repose sur une même mécanique : des propos ou comportements répétés, qui dégradent les conditions de vie de la victime et altèrent sa santé. Un acte isolé, aussi déplaisant soit-il, ne constitue pas en lui-même un harcèlement : c'est la réitération qui fait l'infraction. Un seul message blessant relève, selon son contenu, de l'injure ou de la menace, mais pas du harcèlement. Cette exigence de répétition est à la fois la définition du délit et le premier terrain de discussion : pour la victime, il s'agit d'établir la série ; pour la défense, de montrer que les faits sont isolés, anciens ou étrangers les uns aux autres.

Le deuxième élément, trop souvent oublié, est l'atteinte : les faits doivent avoir pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie, et une altération de la santé physique ou mentale. C'est pourquoi les certificats médicaux et le suivi psychologique comptent autant que les messages eux-mêmes.

‍

Le raid numérique : la répétition appréciée collectivement

Le point est souvent ignoré. Sur les réseaux sociaux, un déchaînement collectif peut impliquer des dizaines de personnes dont chacune n'a publié qu'un seul message. Longtemps, l'exigence de répétition semblait les mettre à l'abri. Ce n'est plus le cas. L'article 222-33-2-2 du code pénal répute l'infraction constituée dans deux hypothèses : lorsque les propos sont imposés à une même victime par plusieurs personnes « de manière concertée ou à l'instigation de l'une d'elles, alors même que chacune de ces personnes n'a pas agi de façon répétée » ; et lorsqu'ils sont imposés « successivement, par plusieurs personnes qui, même en l'absence de concertation, savent que ces propos ou comportements caractérisent une répétition ».

L'exemple est devenu familier : une publication expose une personne, des dizaines d'internautes la prennent pour cible, chacun un seul commentaire. Aucun n'a « répété », mais ensemble ils ont harcelé, et chacun savait rejoindre une meute déjà formée. Participer à un tel raid engage donc la responsabilité pénale de chacun, même pour un unique message. L'anonymat relatif des pseudonymes ne protège pas : l'identification est possible, et la poursuite aussi.

‍

Quelles peines pour le cyberharcèlement ?

Le recours à un support numérique n'est pas neutre. Lorsque le harcèlement est commis « par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique », la peine est portée à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 222-33-2-2). D'autres circonstances aggravent encore l'infraction : la victime mineure, sa vulnérabilité, la présence d'un enfant, la qualité de titulaire d'un mandat électif. Lorsque deux de ces circonstances sont réunies, la peine atteint trois ans et 45 000 €. Le cyberharcèlement n'est donc pas une version atténuée du harcèlement : le numérique est, au contraire, un facteur d'aggravation.

‍

Le harcèlement au sein du couple

Le couple fait l'objet d'un texte propre, plus sévère. L'article 222-33-2-1 du code pénal punit le harcèlement du conjoint, du partenaire de PACS ou du concubin de trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende lorsqu'il n'a entraîné aucune incapacité ou une incapacité inférieure ou égale à huit jours, et de cinq ans et 75 000 € d'amende lorsqu'il a causé une incapacité supérieure à huit jours ou a été commis en présence d'un enfant. Les mêmes peines s'appliquent à l'ancien conjoint, à l'ancien concubin ou à l'ancien partenaire : la séparation ne fait pas disparaître l'infraction, et c'est souvent après la rupture que le harcèlement commence. Lorsque le harcèlement a conduit la victime à se suicider ou à tenter de le faire, les peines sont portées à dix ans et 150 000 €. Le seuil de huit jours d'incapacité totale de travail joue ici, comme ailleurs en droit pénal, un rôle charnière sur le quantum.

‍

Les peines en un coup d'œil

Source : articles 222-33-2-1 et 222-33-2-2 du Code pénal (en vigueur).
Situation Texte Peine encourue
Harcèlement moral (général) art. 222-33-2-2 1 an et 15 000 €
Harcèlement en ligne (cyberharcèlement) art. 222-33-2-2 2 ans et 30 000 €
Cyberharcèlement avec deux circonstances aggravantes art. 222-33-2-2 3 ans et 45 000 €
Harcèlement au sein du couple art. 222-33-2-1 3 ans et 45 000 €
Couple, avec incapacité > 8 jours ou enfant présent art. 222-33-2-1 5 ans et 75 000 €
Couple, ayant conduit au suicide ou à sa tentative art. 222-33-2-1 10 ans et 150 000 €

‍

Côté victime : prouver et agir

La preuve est au cœur de ces dossiers, et elle se prépare. Pour établir la répétition, il faut conserver l'ensemble des messages, appels et publications, et pas seulement les plus violents : c'est la série qui compte. Les captures d'écran doivent être datées et, idéalement, faire apparaître l'identifiant de l'auteur et le fil complet, pour ne pas être accusées d'être sorties de leur contexte. Pour un contenu susceptible d'être effacé ou un compte qui peut être fermé, un constat par commissaire de justice fige la preuve de manière incontestable. Les journaux d'appels, les historiques de connexion et, le cas échéant, les réquisitions aux plateformes permettent de rattacher les messages à leur auteur.

Le second volet de la preuve est l'atteinte à la santé : certificats médicaux, suivi psychologique, arrêts de travail documentent la dégradation des conditions de vie exigée par les textes. Une fois ces éléments réunis, la victime dépose plainte, peut se constituer partie civile pour demander réparation, et dispose, en cas de classement sans suite, des recours permettant de relancer les poursuites.

‍

Harcèlement conjugal et mesures de protection

Dans le couple, le harcèlement s'inscrit presque toujours dans un ensemble de violences conjugales qui ouvre des mesures de protection propres : éloignement de l'auteur, interdiction de contact, parfois éviction du domicile, voire ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales en parallèle du volet pénal. Il faut aussi savoir que le retrait de plainte n'arrête pas nécessairement les poursuites : une fois l'action publique engagée, c'est le parquet qui en a la maîtrise. La victime n'est donc pas seule à décider de la suite, ce qui la protège des pressions.

‍

Mis en cause : les points de défense

Pour la personne poursuivie, la défense se construit sur les éléments mêmes de l'infraction : la réalité et le caractère répété des propos, leur imputabilité, l'altération des conditions de vie et de la santé de la victime, et le contexte. Toute dispute conjugale n'est pas un harcèlement, tout désaccord en ligne n'est pas un raid, et une rupture conflictuelle n'est pas, en soi, un délit. La qualification peut aussi glisser vers des infractions voisines, l'injure ou la diffamation, ou les menaces, dont le régime et les peines diffèrent. La personne mise en cause est souvent entendue en garde à vue ou sur convocation : ce qui s'y dit, et ce qui s'y tait, compte.

‍

La méthode du cabinet

Qu'il défende une victime ou une personne mise en cause, le cabinet travaille d'abord la qualification et la preuve : la répétition est-elle établie, l'altération de la santé est-elle documentée, les faits relèvent-ils du couple, du raid numérique ou d'une autre infraction ? Sur un sujet aussi sensible, la rigueur et la mesure priment : il s'agit d'établir ou d'écarter des faits précis, pas de juger des personnes. Faire le point tôt avec un avocat permet d'orienter utilement la plainte ou la défense.

‍

À jour au 4 novembre 2026. Cet article présente l'état du droit à titre d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique.

Qu'est-ce que le cyberharcèlement ?

Le harcèlement commis par l'utilisation d'un service en ligne ou d'un support numérique. Il suppose des propos ou comportements répétés dégradant les conditions de vie de la victime, et il est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (article 222-33-2-2 du code pénal).

Peut-on être condamné pour un seul message ?

Oui, dans un raid numérique : lorsque plusieurs personnes ciblent la même victime de façon concertée, ou en sachant s'inscrire dans une répétition, chacune est punissable même pour un unique message (article 222-33-2-2).

Quelle peine pour le harcèlement du conjoint ?

Trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende, portés à cinq ans en cas d'incapacité supérieure à huit jours ou de présence d'un enfant, et à dix ans si la victime se suicide ou tente de le faire (article 222-33-2-1).

Comment prouver un harcèlement ?

En conservant l'ensemble des messages et publications (captures datées, constat par commissaire de justice) et en documentant l'altération de la santé par des certificats médicaux et un suivi.

Y a-t-il harcèlement sans violence physique ?

Oui. Le harcèlement moral se caractérise par des propos ou comportements répétés dégradant les conditions de vie et altérant la santé, sans aucune violence physique.